Greta : une féminisation du cinéma qui fait peur…

3784367.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxDésolé aux phallocrates, même si le titre est ambigu, cette critique n’est pas à prendre comme étant un affaissement du cinéma parce que les femmes le pratiquent. Au contraire, en cette merveilleuse période de Coupe du monde féminine, il est essentiel de soutenir cette vague de féminisation qui peut uniquement nous rendre tous meilleurs. Le mouvement est déjà initié et cette année 2019 semble l’appuyer : comme l’a parfaitement réalisé Céline Sciamma avec son film Portrait de la jeune fille en feu qui fait écho au Greta réalisé par Neil Jordan qui propose un thriller composé de trois femmes qui angoisse le spectateur.

Greta raconte l’histoire de Frances, jeune femme courtoise et déboussolée par la mort de sa mère qui trouve un sac à main égaré dans le métro de New-York. Cela lui semble naturel de le rapporter à sa propriétaire. C’est ainsi qu’elle rencontre Greta, veuve (The Widow = titre original) esseulée aussi excentrique que mystérieuse…

Greta s’ouvre sur une caméra filmant de dos deux femmes afin de garder leur visage caché et leurs identités secrètes. Là réside déjà une métaphore de ce que sera la suite du film : des identités fêlées par la vie qui s’éclairciront au fur et à mesure que le film avancera.  Les scènes d’expositions intronisant la rencontre entre Frances (Chloë Grace Moretz) et Greta (Isabelle Huppert) sont rapidement expédiées d’une manière qui deviendrait presque comique cinématographiquement parlant. Pourtant, même si l’intérêt du film ne réside pas dans cette manière désinvolte presque humoristique de présenter les personnages et les situations, Neil Jordan prend le risque d’incommoder certains spectateurs en jouant véritablement avec cet humour dérangeant. Ce qui fait la force du film c’est justement la justesse des deux femmes principales qui crèvent l’écran : on ressent véritablement l’asthénie qu’éprouve Frances suite à l’angoisse et la peur qui s’installent à mesure que Greta se colle dans chaque recoin de son quotidien et de son esprit. Même si le scénario manque d’originalité, Isabelle Huppert et son mètre soixante inquiètent tout autant que la poupée Chucky. Blême, agile et aliénée, Greta s’invite dans votre esprit et peut rester collée un petit moment tel un chewing-gum dans votre thalamus. Greta montre à la fois que les femmes sont victimes d’être tarabustées mais peuvent aussi investir le costume de bourreaux. Les femmes aussi savent faire peur même si Rosamund Pike dans Gone Girl ou Isabelle Furhman dans Esther nous l’avaient déjà prouvé à des degrés différents.

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Amour, drame, espionnage, comédie, horreur, thriller… Tous les genres doivent être investis par les femmes pour que leurs conditions s’améliorent significativement. Il y a encore peu, Isabelle Ruppert saluait le mouvement #MeToo« Il a révélé que les femmes subissent ce qu’elles ne devraient pas subir, on ne peut donc que s’en réjouir », souligne ainsi l’actrice. « La misogynie est partout et parfois invisible. Mais elle ne vient pas toujours des hommes, elle est aussi le fait des femmes. »

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