Parasite : le bijou du pauvre !

Le Joujou du pauvre est une des pièces du recueil de poème Le Spleen de Paris de Charles Baudelaire qui met en scène un enfant pauvre qui possède un rat et attise la curiosité d’un enfant riche. Grâce à cet apologue, le poète montre un monde clivé avec d’un côté les riches et de l’autre les pauvres. Un siècle et demi plus tard, Bong Joon-Ho cinéaste poète des temps modernes, s’évertue à prolonger l’analyse des luttes sociales au sein de son film Parasite qui a obtenu la Palme d’Or 2019 au Festival de Cannes, un an après celle obtenue par Kore-eda pour son film Une affaire de famille qui ressemble sensiblement à Parasite.

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Parasite dépeint le quotidien de la famille de Ki-taek qui est au chômage et vit difficilement dans l’exiguïté d’un trou à rat, sous le niveau de la rue.  L’ouverture du film expose les membres de cette famille qui cherche par-dessus tout à s’échapper de leur réalité en se connectant au réseau, à la globosphère, aux réseaux-sociaux où la pauvreté peut être maquillée. Une scène d’exposition résume parfaitement la malice et le vice de cette famille complémentaire les uns entre les autres : pour gagner de l’argent, l’ensemble de la famille se met à reconstituer des boîtes à pizza. Malheureusement pour eux, 25% des boîtes réalisées sont défectueuses. La patronne de la franchise de pizza vient leur faire la morale et leur retire 10% de leur salaire. Petit à petit, la famille, comme la caméra du réalisateur, est oppressante pour finalement accabler un autre employé. C’est ici que le dilemme moral du film émerge : la survie des pauvres. Cette dernière devient possible par deux moyens : soit se rêver riche soit faire en sorte qu’il y ait toujours plus pauvre que soi. Besancenot tirait la sonnette d’alarme lors de la grève de la SNCF qui appelait à ne pas se tirer dans les pieds entre pauvres : « Le comble du comble, c’est qu’on vit dans un monde où ceux qui gagnent 150.000 euros par mois en exploitant les autres arrivent à convaincre ceux qui vivent avec 1500 que la cause de leur problème sont ceux qui vivent avec 2000 ou avec 500 », a-t-il déploré. C’est le destin qu’embrasse cette famille durant tout le film dès lors que le fils de la famille réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park, une famille richissime au train de vie embourgeoisé. À mesure que l’intrigue avance et que la famille de Ki-taek améliore ses conditions et se rêve riche, la réalité de la situation se révèle à leurs yeux : chaque famille pauvre essaye également de s’en tirer du mieux qu’elle peut. Dès lors, il faudra faire en sorte qu’il y ait toujours plus pauvre que soi.

Bong Joon-Ho est un véritable conteur d’histoires, qui ne tombe jamais dans l’analyse manichéenne avec d’un côté les méchants et stupides bourgeois et de l’autre les innocents pauvres. Dans ces deux heures et quart, le réalisateur jongle parfaitement entre les genres, passant de la comédie au drame, du film de braquage au film d’art martial en usant sans abuser de la rupture de tons qui, au lieu de déchirer le fil conducteur du film, lui donne une véritable cohérence. Une cohérence qui se tient à l’intérieur même du film mais qui s’inscrit pleinement dans la filmographie du réalisateur puisqu’on retrouve de nombreux thèmes et motifs de ses précédents films : la polysémie de son titre – qui de la famille Park ou de la famille de Ki-taek peut être considérée comme Parasite ? comme c’était déjà le cas avec la désignation du monstre dans The Host ; la noirceur et les pluies diluviennes du thriller Memories of Murder ; la fumée empoisonneuse de The Host ; une critique de la société américaine et, en miroir des familles coréennes – la famille bourgeoise est prête à tout accepter à partir de l’instant où le pays de provenance est américain (le tipi américain ou la personne recommandée venant de Chicago) mais tout aussi bien la famille de pauvre qui se ridiculise à se connecter au monde en étant à la recherche du réseau et de Whatsapp ; la famille de The Host et celle de Mother et surtout l’impression de la lutte des classes dans un espace géographique particulier – dans un hôtel dans Barking Dog ; dans un train dans Transperceneige

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Evidemment, en ce Festival de Cannes 2019, de nombreux films se font écho depuis le Sorry we missed you de Ken Loach à la situation décrite dans Les Misérables de Ladj Ly (critique) qui l’un comme l’autre n’apportent pas de réponse aux problèmes actuels de violences sociales exercées sur les pauvres, méprisés par les classes supérieures qui ne peuvent même plus les sentir, ces réalisateurs décrivent cette situation insoutenable qui, à partir d’un moment, trouve sa solution dans la violence physique.

Le film, complexe et complet suit une structure magistrale, un rythme insoutenable, une mise en scène picturale et une critique capitale. Soutenons également la société de distribution Les Bookmakers / The jokers qui met en lumière de très grands films !

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