1917 : légion d’honneur cinématographique

Soirée spéciale au cinéma Pathé à Angers : 40 minutes de bandes-annonces des futures sorties de l’année, galettes des rois frangipanes, briochées ou poires chocolat selon les goûts de chacun et, pour les ventres repus, l’avant-première du film 1917 de Sam Mendes. Une fois passé le stade des bandes-annonces très décevantes des prochains blockbuster et des comédies françaises gnangnan à gros budgets de l’année, la digestion s’opéra enfin quand 1917 débuta…

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Quel grand réalisateur n’a pas réalisé un grand film de guerre ? Coppola (Apocalypse Now), Kubrick (Full Metal Jacket), Malick (La Ligne rouge), Stone (Platoon), Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan), Nolan (Dunkerque), les exemples sont pléthoriques… À y regarder de plus près, ces derniers ne se ratent que très rarement et Sam Mendes vient corroborer cette affirmation : 1917 est une pure réussite cinématographique, un plaisir visuel donnant l’illusion d’un plan-séquence de deux heures, épousant les gueules cassées des poilus, de leurs craintes, de leurs bravoures et de leur statut de victime.

Mendes qui révolutionne d’une certaine manière le genre en contant l’histoire d’une journée de printemps 1917, sur le front en France où deux jeunes soldats aux noms de Blake et Schofield, sont interpellés par leur supérieur hiérarchique et se voient être chargés d’une mission difficile : parcourir à pied, les lignes ennemies pour avertir un régiment anglais qu’il s’apprête à tomber dans un piège préparé par les « Boches ». Les deux jeunes gens, courageux et inconscients s’élancent dans une course contre la montre : à l’aube, le piège va se refermer sur leurs camarades s’ils ne parviennent pas à les prévenir à temps…

L’illusion du plan-séquence donne à voir l’intégralité des conditions des soldats, de leurs déplacements pénibles entre les corps de leurs camarades dans l’exiguïté des tranchées, de la boue qui s’amoncelle et des trésors cadavériques qu’elle recèle, des corps décharnés, des esprits en paix, des âmes tourmentées de tous ces guerriers morts au combat. La caméra fait corps avec l’espace qu’elle embrasse, traversant les hordes de mouches, flottant à travers l’eau, voguant à travers les feuilles blanches des cerisiers et ne tressautant jamais tandis que les héros, eux font face à de nombreuses difficultés. Plus que le labeur des soldats, la caméra illumine le caractère somptueux des paysages, jouant tantôt de zooms sur les expressions de visages, tantôt sur les plaies ou la sensualité d’une main mais aussi sur l’immensité et la beauté des contrées françaises, de leurs ruines sublimées par la magnifique lumière des fusées aériennes, du ciel maussade ou encore du feu revigorant, celui des cheminées ou celui propre à la détermination des protagonistes. Pour compléter cette merveille macabre, la musique de Thomas Newman ajoute de la minéralité à cette oeuvre viscérale dans laquelle le destin de 1600 soldats est en jeu. De la même manière que Cuaron dans Gravity, la caméra fait aussi corps avec le temps (course contre la montre) rendant ce récit étouffant et Mendes utilise comme outil, le plan-séquence rabiboché, pour ne plus observer mais vivre pleinement cette aventure en totale immersion avec ces héros.

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Trop souvent injustifiée et controversée, la médaille de légion d’honneur pourrait être remise à Sam Mendes qui rend un hommage à son grand-père, militaire anglais et à tous les autres combattants de la Première Guerre Mondiale, grâce à 1917 une oeuvre dont la virtuosité tutoie celle des grands films de guerre de l’histoire du cinéma.

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